27 septembre 1997

Quand commence un voyage ? Est-ce à l'aéroport du départ ou à celui de l'arrivée ? Ou bien dès les premiers préparatifs des bagages, ou encore lors des vaccinations préalables ? Je préfère penser que la vie entière n'est qu'un voyage dont nous avons subi le départ et dont nous croyons connaître l'inéluctable étape ultime. Mais le voyage continuera peut-être par-delà notre présence sur cette planète que l'on dit bleue !

Ce n'est donc qu'une tranche de voyage que je me propose d'écrire, et puisqu'il sera question de l'Afrique, ma narration va commencer au moment où je pose le pied sur ce continent que l'on dit noir. Les dix heures d'avion préalables depuis l'Europe ne présentent guère d'intérêt, car après le survol du Sahara et du massif montagneux de l'Atlas, tout aussi jaunes l'un que l'autre, une épaisse couverture nuageuse blanche et cotonneuse masque toute la région intertropicale et ses vertes forêts.

L'atterrissage à Windhoek, capitale de la Namibie, a lieu de nuit, à vingt heures trente, aucune lumière n'est visible; l'altitude de la ville est de près de mille cinq cents mètres, ce qui cause une surprise, car c'est l'altitude qui est affichée sur les écrans de contrôle de l'avion à l'instant où les roues touchent le sol ! Première surprise, les seuls autres avions visibles sont deux transports de troupe de l'armée allemande ! Sinon l'aéroport est de taille modeste et ressemble à un hangar; après avoir sagement attendu en file indienne, des douaniers à l'uniforme blasonné des armes du pays, portant un oryx et un springbok affrontés, nous visent calmement nos passeports. Après avoir récupéré nos bagages, nous rencontrons notre hôte qui nous attend avec un impressionnant camion qui sera notre véhicule pour le reste du périple. Celui-ci nous conduit vers notre auberge , malheureusement il est bâché et notre première traversée de la ville s'effectue en aveugle.

A la descente du camion, au 22 Wagnerstraße, la première impression n'est pas très favorable. Les hauts murs d'enceinte de l'auberge sont doublés d'une triple rangé de barbelés et un pitbull monte la garde. Tous les occupants sont européens, ou plutôt de type européen, car le propriétaire, qui nous a conduits depuis l'aéroport, est australien. La musique est américaine, il fait très chaud, trente degrés, mais de temps à autre, quelques gouttes d'eau tombent. Pluie tiède, agréable.

Au bar, nous nous faisons servir la spécialité locale, une bière légère dénommée " Windhoek Lager ", avec sur l'étiquette la précision " Deutsche Brautradition ". Les billets et les pièces de la monnaie locale, le dollar namibien, ressemblent étrangement aux marks pour le format et la couleur, mais les illustrations représentent des animaux autochtones. Avec la monnaie, on nous rend aussi des rands sud-africains, qui ont également cours ici. Demain nous irons visiter Windhoek.

Il y a une table de billard dans la cour de l'auberge; avant d'aller dormir nous tentons une partie. L'aubergiste nous explique les règles, c'est une sorte de snooker. Mais, sans doute à cause de la lampe qui surplombe le tapis, des dizaines d'insectes ressemblant à de petits scarabées grouillent sur le tapis et participent au jeu en déviant la trajectoire des balles au gré de leurs déplacements! Peut-être est-ce grâce à eux que David a réussi le plus beau coup que j'aie jamais vu au billard : à l'aide d'une de ses boules, il a carambolé le bleu qui était sur le bord de la table et l'a mis dans une poche !

 

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