10 octobre 1997

Au matin, nous partons sur la route parfaitement rectiligne qui conduit à Rundu à la frontière angolaise sur le fleuve Cubango (ou Okavango). Peu de temps après le départ, nous traversons la "ligne rouge". C'est un contrôle vétérinaire et accessoirement une gigantesque clôture qui coupe le pays en deux. Son but est d'éviter les échanges d'animaux entre le nord et le sud afin d'éviter les épidémies de fièvre aphteuse et de peste bovine. Mais, étrangement, cette ligne rouge semble également marquer la frontière de l'Afrique ! Finies les immenses fermes encloses de grillages, à la maigre végétation buissonnante, maintenant, le paysage ne présente plus de clôtures, mais des bosquets d'arbres, une terre rougeâtre et partout des cases rondes faites de chaumes et de glaise et toute une population grouillante de noirs, jeunes et vieux, qui observent avec maints cris et gesticulations ce camion jaune et son chargement de blancs et parmi toutes ces cases, toute une faune efflanquée d'ânes de chèvres et de porc à la recherche constante d'une maigre pitance. Nous nous arrêterons dans l'un des innombrables étalages de bord de route proposant toutes sortes d'objets artisanaux, masques, cannes, animaux en bois sculptés, colliers de pierres semi-précieuses Nous avons vraiment l'impression d'avoir franchi les frontières d'un autre monde. Cette impression va persister jusqu'à Rundu, Petite ville en bordure du fleuve Okavango/Cubango qui marque la frontière avec l'Angola. L'influence portugaise est forte ici, les magasins sont appelés des "cucas" par exemple. La ville semble endormie, presque morte. Il est vrai que l'on entend presque continuellement des déflagrations sourdes dans le lointain, que l'on nous dit provenir des tirs de mortiers de la guerre civile qui sévit en Angola. Ceci n'incite pas à la bonne humeur, d'autant qu'épisodiquement des brigands angolais se livrent à des raids sur la région. Nous ne réussirons pas à changer d'argent à la banque, cette succursale est sans doute trop exposée pour détenir une somme d'argent liquide capable de satisfaire quinze européens en vadrouille. Nous ne nous attarderons guère dans cet endroit.

Nous avançons dans le corridor de Caprivi, curiosité géopolitique, due aux libéralités de la reine Victoria à l'égard de son cousin le Kaiser Guillaume. Cette zone semble très peu peuplée. Nous campons à Popa Falls, en fait de chutes, nous voyons seulement quelques rapides sur le fleuve. Le camping, aussi confortable que tous ceux que nous avons déjà fréquentés est ceint d'un haut et solide grillage. L'air chaud de la nuit va vibrer jusqu'à une heure avancée au rythme lancinant et inquiétant de tam-tams à la fois proches et invisibles...

 

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