
29 septembre 1997
Nous faisons connaissance de Steve, notre chauffeur australien, adepte du piercing, et de Zundi (diminutif de Muzundiwa), son assistant zimbabwéen qui vont nous accompagner tout au long de notre périple. Nous embarquons alors à bord du camion, un Mercedes de seize tonnes, jaune avec une bâche bleue, dont l'arrière est aménagé avec des coffres pour les bagages, les tentes, la nourriture, un réfrigérateur..., le tout surmonté de sièges de bus, relativement confortables. La bâche n'est pas transparente, nous roulerons donc presque tout le temps avec la bâche relevée, ce qui assurera le renouvellement permanent de l'air ! Les réservoirs permettent en outre d'embarquer huit cents litres de fuel et quatre cents litres d'eau, ce qui nous assure une autonomie confortable.
Avant le grand départ vers le sud, nous revenons deux heures durant à Windhoek. La ville est beaucoup plus animée que la veille, nous pouvons enfin changer de l'argent officiellement dans une banque (1 US$ pour 4,57 Nam$), acheter des timbres et poster nos cartes postales. Le système postal est bien moins développé qu'en Europe; il n'y a pas de boîtes aux lettres, il faut venir déposer son courrier au bureau de poste ! En ce lundi matin, tous les commerces sont ouverts. Etrangement, il n'y a aucun mendiant ni désœuvré. Tous les passants, blancs comme noirs semblent avoir une occupation et sont plutôt bien habillés.
Nous partons vers le sud à onze heures du matin. La route est large et bien revêtue; il y a peu d'autres véhicules. Le paysage est constitué d'une savane jaune et grise peu variée. Mais, tout au long de la route, de hautes clôtures grillagées délimitent de très vastes propriétés agricoles. Celles-ci ont des surfaces d'une à plusieurs centaines de kilomètres carrés, ce sont simplement des enclos dans lesquels vivent en libertés des moutons, vaches, chèvres, chevaux ou autruches sur les populations desquels les propriétaires font des prélèvements périodiques. Ceci m'évoque l'Australie. Nous ne tardons pas à franchir le Tropique du Capricorne, que rien n'indique. A treize heures, nous nous arrêtons au bord de la route pour prendre notre repas. Nous pouvons alors admirer l'efficacité de Steve et Zundi : en quarante--cinq minutes, le repas pour quinze personnes est préparé, servi, mangé, tout est nettoyé et nous sommes prêts à repartir !
Nous quittons la route pour une piste peu avant Mariental, en direction de Intu Afrika Game Lodge. En complément d'activité, un propriétaire de ferme a investi pour construire une structure d'accueil touristique. De plus, cinq familles de bushmen ont été " invitées " à venir s'installer ici, loin de leur région d'origine. Pour une raison obscure, nous ne pourrons pas voir " l 'attraction ", en échange, on nous laisse l'accès à la piscine. La situation est surréaliste : un décor de ranch mexicain entoure une piscine bordée de gazon verdoyant en pleine zone désertique. Par-dessus les murs apparaissent de petites têtes d'enfant noirs qui observent, sans un mot. Leur reproche silencieux est insupportable.
Peu après, nous reprenons le camion pour aller jusqu'au camping à quelques kilomètres de là, toujours dans le même domaine. Nous sommes en bordure du désert du Kalahari, le sable est de plus en plus rouge et la végétation de plus en plus clairsemée. Nous arrivons dans un lieu que rien ne semble distinguer des alentours, si ce n'est que les occupants de trois autres camions semblables au notre sont déjà en train d'installer leur bivouac, ce que nous ne tardons pas à faire non plus, car la nuit tombe vite sous les Tropiques. Nous sommes en pleine savane, il n'y a que de l'herbe sèche et quelques acacias qui abritent d'énormes nids de tisserins. Et pourtant au milieu d'un bosquet se trouvent trois petits bungalows de bois, l'un avec quatre douches, les deux autres avec des toilettes (à l'anglaise) pour les femmes et pour les hommes ! Dans les douches, l'eau, chaude et froide, coule en abondance. Aucun réservoir, aucune canalisation n'est visible. D'où vient l'eau, où part-elle, comment est-elle chauffée ? Autant de mystères ! Mais après la journée passée à manger la poussière des routes, c'est très agréable !
Nous profitons du superbe coucher de soleil qui fait flamboyer les sables déjà rouges du Kalahari, avant de nous réunir autour du feu de bois pour le dîner. Ici, en afrikaans, on appelle cela un " braai ".