15 octobre 1997

Pour une fois, nous ne sommes pas obligés de nous lever aux aurores, mais les singes qui reprennent leurs bruyantes activités nous empêchent de profiter bien longtemps de cette grasse matinée. Nous explorons la ville à la recherche d'un moyen de nous débarrasser de nos pulas. Nous avions eu tellement de mal à nous procurer de la monnaie locale, compte tenu du faible nombre d'établissements bancaires sur notre route au Botswana (un seul en fait) qu'il nous est difficile de déjà nous en séparer. D'autant plus que nous ne parvenons pas à les changer en aucune autre devise et que les opportunités d'achats intéressants ne sont pas légion. Nous garderons donc notre eau, puisque telle est la signification du mot pula en setswana ainsi que nos gouttes, thebe dans cette même langue et centième partie de la pula. La sécheresse est vraiment la préoccupation principale dans ce grand désert qu'est le Botswana pour avoir donné ce nom à sa monnaie.

Les formalités douanières à Kazungula sont brèves et peu contraignantes pour entrer au Zimbabwe, mais nettement moins souriantes que lors de notre entrée au Botswana !

 

Très vite, nous arrivons à Victoria Falls. L'ambiance est très différente de ce que nous avons pu connaître au cours de ces dernières semaines. Tout ici sent les loisirs, comme dans certaines villes du sud de la France, ou dans les stations de sport d'hiver où la population touristique est très supérieure numériquement à la population locale. Beaucoup de shorts et de t-shirts aux motifs "fun", les blancs sont bronzés et ont ce rythme décontracté des vacanciers qui souhaitent bien montrer qu'ici ils n'ont rien à faire et peuvent disposer librement de leur temps. Beaucoup de magasins très divers : de vêtements, où nous changeons notre argent; de nourriture, de livres... Beaucoup aussi d'agences de loisirs où certains d'entre nous s'inscrivent pour une descente en raft sur le Zambèze, un survol des chutes en hélicoptère... mais personne n'osera tenter le saut à l'élastique (benji).

Après avoir monté nos tentes dans le camping municipal, grand mais un peu sale, nous partons faire un tour des environs en camion. Outre quelques éléphants, nous voyons un baobab. C'est un arbre au tronc énorme, mais assez peu gracieux. Puis nous allons visiter une ferme de crocodiles où nous apprenons une foule de choses sur ces reptiles. La plus utile concerne le comportement à adopter en cas de rencontre inopinée. Tout d'abord, on peut attraper les mâchoires de l'animal, car si celui-ci possède une grande force de fermeture, les muscles servant à ouvrir la mâchoire sont assez faibles; ensuite, si l'on est mordu, on peut essayer de taper assez violemment sur l'extrémité du nez, car des terminaisons nerveuses sensibles sont censées provoquer un réflexe d'ouverture. Enfin, en dernier recours, après avoir été entraîné sous l'eau, on peut tirer la peau sous la mâchoire de l'animal, car celui-ci ne possède pas de langue et cette manœuvre a pour effet d'ouvrir ses voies respiratoires, ce qui peut conduire à le noyer. Mais le plus sûr consiste encore à ne pas se trouver sur la route d'un crocodile... Sinon, les animaux sont élevés pour leur peau, mais aussi pour nourrir les touristes ! Seule la queue se mange et donne une viande blanche, un peu filandreuse, au goût de poulet ou de poisson selon le régime adopté par le crocodile.

Nous finissons la journée en explorant les aspects les plus divers de l'étrange rassemblement de population formé par Victoria Falls. Pour dîner nous allons dans un établissement pour touristes : Boma, où un buffet nous permet de goûter au crocodile, au phacochère, à l'autruche et même aux vers de mopane, le tout arrosé de chibuku, la bière locale épaisse, à l'odeur forte et au goût âcre. Des chants ndebele a capella, forts beaux, viennent agrémenter le repas avec plus de succès que le witch-doctor censé prédire l'avenir...

 

Jour suivant

Sommaire

Jour précédent